Avancée

Éditorial par Laurent Joffrin — Libération du 

Après avoir exigé son abrogation, certains syndicats vont-ils exiger désormais le maintien de la loi travail de Myriam El Khomri ?

A la différence de la CGT ou de FO, la CFDT avait bien repéré les avancées incontestables contenues dans ce texte si contesté. Tel est le cas du «compte pénibilité», qui arrache au patronat des cris d’orfraie et figure en tête des dispositions que François Fillon a prévu d’abroger en cas de victoire. Il s’agit pourtant de la première correction par le droit du travail d’une injustice majeure, celle qui donne aux dirigeants, aux cadres et aux professions intellectuelles une espérance de vie très supérieure à celle des classes populaires. Dans le but d’offrir une compensation aux salariés victimes de cette disparité, le compte met en place un système de points qui permettra aux titulaires de postes pénibles de partir plus tôt à la retraite. Bien entendu, Medef et LR jugent cette réforme insupportable…

En sera-t-il de même avec le «droit à la déconnexion» ? Il faut le craindre. Pourtant, là aussi, elle procède d’une logique irréfutable. Depuis longtemps, la loi distingue, dans le principe, temps de repos et temps de travail. Seuls les ravis de la crèche numérique pouvaient penser que la dissémination des outils de communication n’affecterait pas les rapports entre vie de travail et vie personnelle. En fait, la démocratisation du smartphone incite les managers – et souvent les salariés eux-mêmes – à poursuivre le travail à distance bien au-delà des horaires légaux. Et comme les salariés sont souvent jugés sur leur implication dans la vie de l’entreprise et sur leur disponibilité, seule la loi pouvait rappeler qu’il existe en ce domaine une frontière utile et de bon sens qui protège, par exemple, la vie de famille. Antisociale, la loi travail ? De toute évidence, l’affaire est plus compliquée.